Mon bureau est malade. Les yeux encore gonflés de mes rêves, j'ai découvert ce matin un bureau tchernobylien : feuilles éparpillées, carnets ouverts, stylos déssechés, dossiers en retard, rendez-vous perdus... En somme le bordel à l'état pur. En général, je profite d'un départ en vacances ou d'une démission pour tout remettre à neuf. Histoire de laisser en mon absence une trace honnête et "clean" du travailleur que je suis. Mais là, c'est le bordel. Et pourtant, ce n'est pas faute d'avoir essayé... C'est comme à Dieppe... Enfin si vous connaissez Dieppe... On ne peut pas toujours réussir l'alchimie des éléments et des habitants. L'église Saint-Jacques a beau être magnifique, les mouettes rieuses donner du rythme au quotidien et les pigeons... jouer les figurants, les trois réunis débouchent sur un amas de merde - guano en technicien - posé, là, sur le parvis de l'édifice religieux. Un amas particulièrement puant. À 32 ans, on s'en fout... Mais à 15, quand on n'a qu'un seul endroit en réserve pour se réchauffer l'hiver - la paie des adolescents en 1988 n'était pas énorme -, l'église reste l'unique havre de paix du samedi comme du mercredi après-midi. Après avoir traversé la Grande Rue une bonne dizaine de fois, avoir bu deux cafés - le premier aux Trib', le second au Cambridge -, et qu'il faut se coltiner la petite copine du moment jusqu'à 18h30, on n'a pas le choix : welcome to the Saint-James Church. Mon truc, c'était de m'allonger dans l'une des travées, pile poil sur la grille d'arrivée d'air chaud... Pas évident à expliquer au curé surtout quand on était deux vautrés sur le sol religieux... à se... Je m'égare ! Tout ça pour tout dire qu'à 15 comme à 32 ans, j'étais bordélique. Bon il va vraiment falloir que je range mon bureau.