Je l'ai eu. Enfin je crois. Nous nous sommes retrouvés hier soir. Un rendez-vous de film noir, le long des quais. Au pied d'une vieille grue "Picasso", sortant d'une brume à couper au couteau, Hector Dou s'est dirigé vers moi. Je lui avais dit au téléphone que je n'en pouvais plus, qu'il foutait mon blog, et donc ma vie, en l'air. "On se voit et on règle ça à la polletaise", m'avait-il répondu sèchement. À la polletaise ? "Oui un rendez-vous à la Simenon, toi et moi, la brume et le port..." Et mon opinel, un authentique couteau de l'armée française retrouvé dans les affaires de mon défunt grand-père. Rouillé certes mais encore capable de saigner l'gros con d'Hector Dou. La main dans la poche, nerveusement enroulé autour de la lame, je me suis approché de lui... Je suis sûr qu'il souriait, grand bénet qu'il était. Et il souriait, les dents éclatantes telles des phares d'Alfa Roméo. Purée, il a beau flirter aujourd'hui avec les anguilles du bassin Saint-Gervais, il me dégoûte encore. Il a voulu me serrer la main, genre "aller sans rancune"... Mais non, pas question. Ce mec avait transformé mon blog en désert littéraire, mes poussées révolutionnaires en sébum religieux. Je le hais. Mes bras l'ont repoussé, il a ri. Ses cheveux tout fins collaient sur son front poisseux. Il tenait quelques feuilles, des copies de mon blog. Je l'ai repoussé une nouvelle fois et, mon opinel en avant, je l'ai percé. À l'estomac. Il a émis un bruit, un bruit de porc : un couinement. Oui ! C'est ça un couinement. Et s'est affalé contre une bite... Je ne voulais pas en rester là : je l'ai de nouveau percé, à la panse cette fois, puis à la gorge. Fini le couinement, c'était devenu un gargouillis abjecte. Du pied, je l'ai rejeté vers le bord du quai. Son bras pendait dans le vide, ses yeux glauques me regardaient. J'ai repensé à tout le mal qu'il m'avait fait... Et hop ! je l'ai fait choir dans la Seine. Comme un vieux paquet de linges sales. Je suis libéré, je le sens au fond de moi. Je respire.