Je ne suis plus si sûr. Certes Hector est tombé comme une merde dans la Seine... Certes il se vidait généreusement de son sang... Mais hier soir, un vieux pressentiment m'a saisi par le colbac. Et s'il n'était pas mort. S'il avait survécu à ma haine. Moi qui apprécie le travail bien fait, j'ai eu ce doute, celui de l'erreur, de l'oubli. Un doute qui, rapidement, s'est transformé en certitude : Hector Dou n'est pas mort. Qu'aurais-je dû vérifier ? Qu'il avait bel et bien touché le fond du bassin ? Non ! Sur le coup, la colère s'évanouissant devant la barbarie de l'acte, j'ai pris mes jambes à mon cou... Direction le premier bar venu ! Mais en rentrant chez moi, passablement ivre, mon appartement m'est apparu sous un jour nouveau. Différent, violé dans son intimité. Les murs voulaient me parler, me raconter, m'avouer une vérité inattendue. Quelqu'un était venu. Non pas que les meubles avaient bougé de place, mais il y avait la marque d'un passage. Une marque invisible : l'odeur tout d'abord. Un soupçon de vase ! C'était peut-être moi. Mais non, je sentais avant tout le Laphroaig. Et puis je l'ai vue, cette infime preuve d'une présence ennemie : une photo posée sur la table de la cuisine. Un vieux cliché du Pollet, le même qu'Hector avait envoyé sur mon blog. Le pont, le quartier des pêcheurs... Tout y était. C'était eux. Le Pollet et Hector. Je suis sorti en courant. Au 3e étage, la porte de son appartement était grande ouverte. Le salon avait été saccagé, ses placards vidés et au milieu trônait une corde. Une corde moisie... Une vieille corde de lamaneur ! ! !