
Que d'interrogations autour de ce livre ! Muriel Barbery, l'auteur, m'a emmené aux quatre coins de moi-même. Entre l'envie de claquer le bouquin au pied du padoc et celle d'embrasser ses personnages de papier. La chronologie n'est pas mon fort, tout comme les critiques littéraires, pourtant ici, rien ne vaut un petit effort, rien ne vaut un petit rappel temporaire de mes émotions. Successives et excessives. Dépendantes des atermoiements des deux "héroïnes".
Dans un premier temps, Paloma, 12 ans, habitante du 7 rue de Grenelle - rien à voir avec l'environnement -, m'a séduit. Par sa brillante naïveté, son extrême lucidité et son désir de ne pas aller plus loin. M'a séduit autant que Renée, 54 ans, la concierge du 7 rue de Grenelle, atteinte de tropisme intellectuel, m'a navré, m'a noyé d'ennui. Hallucinant ! Et là, question (p. 98), que vais-je retirer de ces 220 pages d'inintérêt, de ces saynètes ratées ?
"Tout ça pour ça, tout ça pour se regarder écrire, jouir d'un étalage pompeux de culture Laroussière et copier le parisianisme latent... Promouvoir ce diktat déjà trop largement imposé à nos consciences, à nos regards sur le monde et les rapports humains. Bref répandre ce déterminisme étouffant !" Alors tout y passe, du "Vendredi ou la vie sauvage" de service aux "IN" du moment : culture japonaise, Vermeer...
Puis, autour de ce verbiage, les révélations apparaîssent peu à peu, cueillettes de belles pensées, de beaux paysages, de belles vérités, sifflantes et grisantes.
"À travers toutes ces pages de déperditions, il y a de l'émotion, des rires, de la simplicité, des gestes vrais, naturels, les miens, ceux des gens dans la rue, de l'incertitude..." Et c'est en le terminant que ce livre prend tout son temps. Limpide et tendre. Une gestation de 220 pages, faite d'impatience, de douleur et de plaisir : une véritable douche australienne, opposée de sa cousine écossaise. Oui il y a de la souffrance à le lire, comme il y a de la souffrance à vivre, à s'accepter, à laisser couler son trop plein d'amour. Alors oui, sans en dire plus, ça vaut le coup d'aller jusqu'au bout.