Bras en croix, les omoplates en équilibre sur trois gros galets, les yeux perdus dans un ciel bleu moucheté de blanc… « C’est fou comme le temps passe vite. À croire qu’avec le poids des années, notre horloge interne ne fait plus la différence entre secondes et minutes. Une évidence qui restera, je sais, toujours d’actualité. Hier encore, nous courions sur le sable. Hier encore, nous nous efforcions de rire de tout. Hier encore, nous nous jouions de Dieu. Les pieds dans l’eau, le bronzage « All Star », impertinents. Aujourd’hui, cette impertinence nous fait peur. Tout a un prix. La pointe d’un compas sur le cœur, nous avançons dans la crainte du faux-pas. Rien n’est plus naturel, nous ne sommes que calculs, déceptions, mensonges… Quelle horreur ! » Nuages et mouettes survolaient ce corps pensif, déçu, allongé sur la plage… Profitant de la marée, les vagues tentaient de le rattraper. À quelques mètres, assis sur une digue rongée par le sel et le vent, Hector regardait. Dans une de ses poches, sa main battait la mesure, le tempo d’une délivrance prématurée.