... Mon élastique n'en sera que plus modeste, je ne remonterais jamais aussi loin que ce souvenir. "J'ai dans les bottes des montagnes de questions..." Hiver 1988, parc Jehan-Ango, je leur avais promis de ne pas dépasser les 29 ans. Un âge mythique pour disparaître, pour rejoindre tous ceux que nous ne voulions pas perdre. Tous ceux partis trop jeunes, trop vieux, partis tout court. Eux deux, bien vivants, me regardaient, impressionnés, inquiets... Une imitation Burberrys autour du cou. Nous qui vivions nos plus belles années, devions programmer de ne pas leurs survivre. Il nous restait 13 ans à vivre, à peine plus que ce que nous avions déjà vécu... Pas simple ! Mais une chose était sûre : à regarder les autres, les aînés, rien ne valait l'effort de vivre une suite bien moins brillante, bien moins honnête, l'innocence, la passion, la foi en moins. Heureusement, c'était une blague... Quelques propos pour se sentir maîtres de soi, aimés, désirés et se réchauffer dans ce parc humide. "J'ai fait la saison dans cette boîte crânienne..." Depuis, les années ont en effet effacé l'époque des pactes sacrés, chacun de nous a continué sa route. Nous nous sommes croisés, avons emprunté parfois le même chemin. C'est tout : ni corde ni gaz ni falaises ni médocs. Aujourd'hui, 30, 31, 32, 33, 34, la folie (si ce n'est le courage) nous a manqué. Entre-temps, nous nous sommes assassinés (parce que c'est plus honorable qu'écrire "vendus") sur l'autel de la bêtise humaine, avons gagné nos galons de beaux salauds, perdus de vue nos idéaux (ceux pour lesquels nous écoutions en boucle "Sunday Bloody Sunday"), sacrifié nos lèvres roses à l'ensemble vert-pomme du profit, succombé à la largesse de nos "avenirs", oublié l'euphorie du vertige. Et tant mieux.