"Fourrure" ne l'avait pas entendu se glisser derrière elle. Encore fumante du bain qu'elle venait de prendre, elle piétina le sol glacé jusqu'au canapé : un délicieux cocon coinçé enttre la cheminée et la télé... De quoi passer une soirée des plus agréables. Ne manquait plus qu'un verre de vin - un reste de Montagne-Saint Émilion de la veille - et quelques copeaux de parmesan. À contrecoeur, elle se releva, se jeta dans la cuisine et revint aussi vite qu'elle était partie. Hector D. avait juste eu le temps de s'abaisser derrière le canapé. Il avait choisi sa coiffure : une sorte de bosquet brun... Puis son corps. L'objectif de son appareil n'avait pas encore eu la chance de saisir une victime aussi parfaite. Cette lacune serait comblée avant la fin de la nuit, s'était-il promis en la suivant dans la rue. La traque s'était déroulée sans anicroche, "Fourrure" ne se doutait de rien... Au point d'oublier de fermer à clés la porte de son appartement. "C'est trop facile", sourit-il, hésitant quelques secondes à rebrousser chemin : "Elle me gache le plaisir !" Mais devant le désir, il passa le seuil et referma délicatement la porte. Cela faisait une heure qu'il attendait dans l'ombre de ses pas, de ses gestes... Il l'avait vue lire son courrier, regarder deux ou trois niaiseries télévisuelles, plonger dans ce bain bouillant et là, il la voyait somnoler entre les vapeurs du Montagne-Saint Émilion et les fumeroles de la cheminée. Son heure était venue : l'invité mystère allait apporter une touche finale à ce charmant tableau.