"La vie ne peut pas seulement être ça ! Une course éperdue contre soi-même, un besoin de prouver l'impossible à des... cons !" Entre deux bornes kilométriques, alors qu'il approchait enfin de son île, et deux pleins après son départ, Paul s'était de nouveau posé LA question. Celle qui l'avait poussé à s'enfuir au fin fond des Alpilles. "Pourquoi se bat-on pour exister alors que tout ce qui nous entoure sent la merde ?" En se réveillant, une semaine plus tôt, ce constat l'avait ébranlé. Rien ne servait donc de continuer puisqu'à toutes ses questions, la même réponse revenait finalement en boucle : INUTILE. Il n'avait pas osé poser le pied par terre, comme si ses fondations n'étaient devenues qu'une vaste étendue instable, une mer de solitude dans un océan d'absurdités. Non seulement les AUTRES ne valaient pas le coup d'être connus, mais en plus lui-même n'était qu'un clone de ces mêmes autres... Une théorie bien confuse, des plus pessimistes, qu'il ne cessait depuis de constater. Que ce soit à la fenêtre de son bureau, devant la télévision, au travers des revues glissées sous sa porte, l'humanité, il s'en rendait compte, ne servait à rien. A part bien entendu détruire un monde, une planète qui aurait préféré se passer de l'intelligence des homo erectus. Alors il fuyait, non par lâcheté, mais dans l'espoir, au contraire, de dénicher au fond de lui une autre réponse que cet indélébile INUTILE. Il voulait croire encore en l'homme. Non nous ne pouvions pas être aussi laids que ça, nous ne pouvions pas nous résumer à ces accents ignobles, à cette agressivité ambiante qui nous pousse à voler les heureux, à broyer les malheureux. Non ce n'était pas possible ! Nous ne sommes pas qu'un leurre, une masse grouillante qui se complaît dans la graisse et la bêtise. Sur ce, il sortit de la voiture, ouvrit la grille et entra dans son île. 80 jours.