"Ah les affres de l'amour. L'homme a pour principal défaut de rester un enfant toute sa vie. Au moindre coup de foudre, au moindre coup de vent, il prend le large. Et toutes ses promesses, avec. Mais tu sais, la princesse au bois dormant n'est pas évidente à trouver non plus. Elle nous parle de liberté, de passion, de vie sans contrainte, de quotidien sans effort et au final, le soufflet des premiers mois retombé, l'ordre des choses reprend sa place. Un ordre qui convient toujours mais qui ne rend pas plus beau le reste. En fait, je crois que nous, les hommes, passons notre temps à rêver notre vie, à l'espérer plus belle qu'elle ne l'est, à vouloir toujours plus (sans pour autant se fatiguer) ; et vous, les femmes, vous êtes accrochées à la réalité. Vous trouvez dans la banalité du quotidien les attitudes, les moments qui vous rendent heureuses. C'est une chance ! A croire que l'homme est un perpétuel insatisfait et la femme, une adepte de la médecine douce. Peut-être un jour arriverons-nous à nous comprendre ?" Paul hésita et cliqua sur "Envoyer". Depuis que son île était devenue un chantier digne du sixième pont, il s'était enfermé, vivant de boîtes de conserve, par et pour sa connexion Internet. Alors il écrivait. Pas un roman, mais des mails. A tout le monde. A ses amis, à ceux qui finalement ne le connaissaient pas. A ceux à côté de qui il vivait sans s'en rendre compte. A lui-même aussi. Comme ce mail bizarrement.