Des os. Rien que des os. Et pourtant… Peu à peu, la collection d’Hector D. apparaissait au grand jour. Des bras emmêlés, des cadavres figés, des cheveux souillés, secs. Paul n’en avait que faire. Bleues ou blanches, cravatées ou armées, les forces de l’ordre pouvaient bien squatter ad vitam aeternam les alentours, lui, reclus dans sa cabane, devait coûte que coûte remplir la mission fixée trois semaines plus tôt. Son fameux tour du MOI en 80 jours. Les heures s’écoulaient, les levers de soleil disputaient le ciel aux couchers et rien n’avançait. Rien n’allait. Les lignes du début étaient depuis bien longtemps passées par pertes et profits. Chiffonnées. Déchirées. Perdues. Internet faisait des siennes, le laissant face à lui-même, obligé de s’inventer des images, des fenêtres sur le monde. Seul. Contrairement au Robinson de son enfance, rassuré dans sa supériorité par Vendredi, lui n’avait personne. Personne en qui se voir, personne en qui s’évaluer. Et c’était la panne sèche. Pas une ligne, pas une idée, pas une pensée. De prolifique les premières heures, l’île venait d’assécher son marigot spirituel. Dehors, les uns et les autres s’agitaient. Satisfaits du travail accompli, horrifiés par le travail accompli. Assis, menotté, Hector D. observait. D'ici à la fin de la semaine, tout rentrerait dans l'ordre. Les flics quitteraient les lieux, les malles remplies de pièces à conviction, et Paul attaquerait les 50 derniers jours de son exil volontaire.