J. A. n'en revenait pas. Décidément son voyage au Maroc, il le payait cher. Il n'aurait jamais dû manger ces brochettes de viande hâchée... "C'est du boeuf, promis, c'est du boeuf", lui avait clairement affirmé le restaurateur de Fès. Mon oeil ouais... C'était du chameau, du chameau à peine cuit ! Résultat, J. A. avait chopé des "liambiases", des petits invités suffisamment malins pour transformer une bonne tonne de selles bien solides en boue infame. Depuis deux mois, J. A. se vidait. Jour et nuit. Qu'il soit chez lui, au boulot ou encore à la piscine. La piscine justement... À peine sorti du bassin, il avait ressenti ces petits picotements désormais habituels et annonciateurs d'une nouvelle envie. Tentant de conserver un minimum d'humanité, il s'était précipité vers les toilettes en tortillant des fesses comme une jeune bimbo. Pas question de fermer le verrou, c'était le cadet de ses soucis, ôter au plus vite ce "putain" de maillot était devenu son obsession. Sa seule obsession. Assis, las de ces crises à répétition, J. A. pestait. Contre tout, du restaurateur marocain à son incapable de médecin. Apparemment, il n'était pas le seul à souffrir... Les toilettes d'à-côté venaient d'être prises d'assaut. Tout tremblait et les gémissements laissaient entendre qu'il y avait bien pire que les "lambiases". "Le pauvre...", pensa-t-il. S'apprêtant à lui crier quelques mots de réconfort, fraternité d'infortune oblige, J. A. se ravisa... Une rivière de sang brûlant et épais s'écoulait entre ses pieds. Un frisson parcourut son échine : devant l'entrebaillement de la porte des toilettes, un homme venait de passer. Les mains rouges de sang. "Putain... C'est qui ce mec ?"