J. A. ne réalisait toujours pas. À peine sorti des toilettes, ses pieds s'étaient heurtés à un corps sans vie. Celui de la petite blonde qui l'avait doublé une vingtaine de fois dans le couloir numéro 3. Il eut soudain honte de l'avoir maudite, jaloux de sa forme physique. Sutout qu'au final, il s'en tirait beaucoup mieux qu'elle... Comment faire ? Sous le choc, il s'était dirigé vers l'accueil pour signaler le drame aux deux piplettes de l'entrée. Dans le hall, une bande d'abrutis s'était foutue de sa gueule : deux feuilles de PQ dépassaient de son maillot. Lui n'en avait cure : le regard rempli de terreur de la nageuse le hantait déjà. "Pour longtemps", se dit-il. Les piplettes s'étaient tues avant de pousser LE sempiternel cri de frayeur... Ce cri qu'il ne pensait jamais entendre ailleurs que dans un film de Wes Craven. La police, les pompiers... Enfin toute la cavalerie avait débarqué dans les 30 minutes. Loin de ce remue-ménage, J. A. tentait désormais de reprendre ses esprit, assis sur un tabouret posé contre la loge des caissières. Il l'avait vu, surtout ses mains. Il était certain de le reconnaître et pourtant, il se sentait incapable de le décrire aux flics. Prenant exemple sur un vieux polar en noir et blanc de sa vidéothèque, ce n'est pas à l'école qu'on apprend à les faire, il avait réussi à formuler une déposition plus ou moins acceptable : brun, 1m70, type caucasien, légèrement vouté, un blouson digne des Village People... Pour la première fois en deux mois, ses "lambiases" étaient passés au dernier rang de ses préoccupations. C'était déjà ça !