Tout s'était enchainé sans qu'il puisse maîtriser la moindre seconde. Devant le cinéma, rue de la République, Hector avait jeté son dévolu sur les Noces funèbres de Tim Burton. Machinalement, à l'instinct, aucune file d'attente, une affiche séduisante et une salle heureusement vide. Passé les premières minutes, le film s'était vite révélé décevant : scénario creux, quelques longueurs... Hector s'était levé, préférant respirer les effluves de croustillons distillées par la foire sur les quais de Seine. Mais avant de franchir la double porte feutrée, dans la faible lumière projetée par le film, il avait aperçu au fond de la salle une douce crinière blonde. Comme une révélation, une Vénus de Milo sortie d'une brume en cinémascope. Et il s'était ravisé, se rasseyant à quelques rangées d'elle... Afin de l'observer, de l'imaginer, de l'espérer. Et à force de l'espérer, il l'avait possédée. Générique de fin à peine lancé, il l'avait suivie dehors, rattrapée et forcée entre deux voitures. Hector l'avait abandonnée au même endroit : pas le temps de dissimuler le corps, plus le goût aux finitions...