Suede, New Order, les Smiths... J. A. avait ressorti ses vieux disques. Alors que sa traque semblait au point mort, il s'était lancé dans une valse d'invitations. Whisky, rhum et autres breuvages forts en degrès allaient couler à flots ce soir. Il se l'était promis en thérapie d'une enquête mal engagée. Ses amis, accompagnés d'inévitables pique-assiette, commencèrent à se pointer... Norbert, une espèce rare de mormon dépressif, ouvrit le bal, suivi de près par Mathilde. Mathilde, une véritable beauté. Même s'il la connaissait depuis dix ans, J. A. tombait à chaque fois sous son charme. Il suffisait d'un regard pour que sa libido s'enflamme. Et ce regard, Mathilde, la perverse Mathilde, l'avait de nouveau jeté à peine passé le pas de la porte. En connaissance de cause, paria J. A. Ce soir, elle finirait dans son lit... Un moyen idéal pour oublier l'autre cinglé. Reste que les rêves ne valent que s'ils demeurent rêves. Non seulement il s'était couché seul et ivre mort, mais Mathilde s'était barré avec l'un de ces pique-assiette venus d'on ne sait où. "Ah la P...", cria-t-il devant sa glace, la langue épaisse comme une limace et les yeux encore avinés de la veille. À la radio, Fabius avoisinait les 20%. Les journalistes se gaussaient, lui trouvait ça pas mal pour un mec seul. Le couvre-feu s'installait un peu partout dans les cités... Et Blond hair, c'est comme ça qu'il avait baptisé son violeur en série, venait de signer son quatrième crime à Rouen.