C'était comme un mouvement introductif de Tiersen. Lent, presque monotone voire assommant. Un fleuve au bord de l'asphyxie qui, brusquement gonflé par des pluies diluviennes, se mettait à filer vers la mer. Sans retenue. Sauf qu'ici, c'était l'inverse. Tout commençait par un bouillonnement incontrôlé, une succession de folies, d'oublis surtout... De moments où la vie débordait de son lit, s'emballait, emportait tout sur son passage, du compte en banque à nos certitudes. Tout changeait. Le noir se transformait en blanc. Le matin en soir. Les votes d'hier n'étaient plus qu'erreurs. Les ennemis d'avant des regrets. Les amis des remords. Bref !, l'amour bouleversait une vie. La réveillait. La mienne. Et avec un peu de chance la sienne. Et puis le temps passait par là. L'autoroute sentimental respectait de nouveau ses limitations de vitesse. Le coeur repassait sous la barre des 100 pulsations minute. Les draps retrouvaient la fraîcheur de plis bien droits. Et le myocarde respirait... Soulagé d'avoir résisté au choc. Peu à peu, les choses reprenaient un cours normal. Le fleuve remontait vers ses sources. Lentement. Les amoureux découvraient les habitudes, les sourires figés, les nuits sans passion, les soirées perdues après tant d'instants où l'on se disait "éperdu". Ceux qui depuis des mois, vivaient dans, pour et par la couette, découvraient quels inconnus ils étaient l'un pour l'autre. L'heure du mensonge avait sonné. Paul, de son côté, retrouvait peu à peu le goût du clavier.